Murs

Pour Jean Amblard, l’art s’adresse à tout un chacun.

Comment? Dans la rue, dans la ville, à la manière des tapisseries du Moyen-Âge, sorties dans la rue à l’occasion des fêtes… Il explore les techniques. Certes, la peinture… Mais aussi le ciment gravé, puis la lave émaillée.

Parcours à travers les murs…

For Jean Amblard, art is for everyone.

But how? In the street, in the city, in the style of the tapestries of the Middle Ages, taken out into the street to celebrate festivals… He explores techniques. Of course, painting… But also engraved cement, then enamelled lava.

A journey through the walls…

Huiles sur toile

Les Maquis de France. 1945-1948.

Salle de la Résistance. Hôtel-de-Ville de Saint-Denis (93).

À la fin 1945, sur l’initiative d’Ambroise Croizat, l’état commande à Jean Amblard la décoration d’un panneau pour le hall du théâtre de Saint-Denis (futur théâtre Gérard-Philippe).

La municipalité, née de l’insurrection parisienne qui libérait la ville de l’Occupant nazi  en août 1944, transforme la commande. Les peintures viendront décorer la Salle du Conseil, désormais appelée salle de la Résistance de la Mairie de Saint-Denis.

Réalisée dans les locaux des Buttes-Chaumont, où étaient créés les décors de la Comédie française, l’oeuvre de 150 mètres carrés sera présentée à la Maison de la Pensée française avant d’être inaugurée en 1948, saluée par nombre de personnalités dont Paul Éluard, Elsa Triolet, Henri Matisse…

En dépit de nombreuses initiatives, l’œuvre, plusieurs fois restaurée, attend d’être classée aux Monuments historiques.

Oil on canvas

The Maquis of France. 1945-1948.

Resistance Hall. Saint-Denis Town Hall. Oil on canvas.

At the end of 1945, on the initiative of Ambroise Croizat, the state commissioned Jean Amblard, an anti-fascist resistance painter born in 1911, to decorate a panel for the lobby of the Saint-Denis theatre (later to become the Gérard-Philippe theatre). The municipality, born out of the Paris uprising that succeeded in liberating the city from Nazi occupation in 1944, transformed the commission. The paintings would decorate the Council Chamber, now called the Resistance Room of the Saint-Denis Town Hall.

Created in the Buttes-Chaumont premises, where the sets for the Comédie Française were designed, the 150-square-metre work was presented at the Maison de la Pensée Française before being inaugurated in 1948.

Salle des mariages de La Courneuve (Seine-Saint-Denis)

La Courneuve wedding hall (Seine-Saint-Denis)

Salle des mariages de Sainte-Tulle

(Alpes-de-Haute-Provence)

Sainte-Tulle Wedding Hall

(Alpes-de-Haute-Provence)

Ciments gravés

« Imaginons nos usines, nos gares, nos entrées et sorties d’autoroutes, et nos cités d’habitation aux murs nus et impersonnels, confiés aux peintres et aux sculpteurs en relation étroite avec nos architectes ; nous sommes certains qu’un tel décor à nos travaux comme à nos loisirs serait alors un décor à notre mesure et à notre condition d’hommes du XXesiècle. » (Jean Amblard)

Les premières œuvres de ciment gravé réalisées par Jean Amblard ornent encore quelques porches de la cité HLM Paul-Langevin, ensemble construit à Saint-Denis par l’architecte André Lurçat de 1945 à 1953. Coquelicots rouges, marguerites blanches, œillets bleus, bleu, blanc, rouge… Un trait posé au point de baleine, selon l’expression des maçons s’étire au gré de la volonté de l’artiste sur le ciment frais. Une couche de blanc le recouvrira, base sur laquelle l’artiste posera sa couleur de peinture glycérophtalique… Une idée d’André Lurçat pour pallier au manque de moyens au sortir de la guerre, sans priver les habitants d’un décor à la hauteur des espérances d’un monde enfin libéré des fascismes, où la vie culturelle entrerait dans le quotidien de chacun.

Ces décors, réalisés conjointement par Jean Amblard, René Perrot, Marc Saint-Saëns, Édouard Pignon, et sans doute Boris Taslitzky, aucun d’entre eux ne les a signés, sûrs qu’ils étaient que l’artiste faisait partie du peuple dans cette nouvelle Renaissance d’une société rendue aux Jours heureux, chers au programme du Conseil national de la Résistance.

Grâce au 1 % artistique arraché par les artistes aux pouvoirs publics, Jean Amblard réalisera de nombreuses œuvres avec cette technique, rêvant d’animer les murs de béton, de scènes où s’invite une nature reliant tout un chacun à la symphonie d’un environnement qui le respecte.

Engraved cement

« Imagine our factories, our railway stations, our motorway entrances and exits, and our housing estates with their bare, impersonal walls, entrusted to painters and sculptors in close collaboration with our architects; we are certain that such a setting for our work and our leisure activities would be a setting to suit us and our condition as men of the 20th century. » (Jean Amblard)

Jean Amblard’s first works in engraved cement still adorn some of the porches of the Paul-Langevin housing estate, built in Saint-Denis by the architect André Lurçat between 1945 and 1953. Red poppies, white daisies, blue carnations, blue, white, red… A line drawn in whale stitch, as the masons put it, stretches across the fresh cement at the artist’s whim. André Lurçat’s idea was to make up for the lack of resources at the end of the war, without depriving the inhabitants of a décor that would live up to the hopes of a world finally free of fascism, where cultural life would become part of everyone’s daily life.

These sets, created jointly by Jean Amblard, René Perrot, Marc Saint-Saëns, Édouard Pignon and no doubt Boris Taslitzky, were not signed by any of them, as they were sure that the artist was part of the people in this new Renaissance of a society returning to the Jours heureux (Happy Days), dear to the programme of the National Council of the Resistance.

Thanks to the 1% artistic contribution that artists were able to wrest from the public authorities, Jean Amblard produced many works using this technique, dreaming of enlivening concrete walls with scenes of nature that would link everyone to the symphony of an environment that respected them.

Cité Langevin, Saint-Denis 

(Seine-Saint-Denis)

Groupe scolaire Langevin-Mandela,

Choisy-le-Roi (Val-de-Marne)

Paru dans l’Humanité-Dimanche du 10 novembre 1963, un reportage signé François Garnier et du photographe Gérald Bloncourt rend compte du chantier ouvert pour décorer le groupe scolaire Langevin à Choisy-le-Roi, conçu par l’architecte Georges Louvin. La commande adressée à Jean Amblard dans le cadre du « 1% » par la municipalité et le ministère de l’Éducation nationale consiste à décorer trois préaux sur 268m2.

La gravure au « point de baleine » sur ciment frais fut achevée par l’artiste le 28 mai. Après un mois de séchage, du ciment, commençait « le passage du blanc », enduit destiné à isoler et à stabiliser la couleur du ciment.

Près de soixante ans après son inauguration, le groupe scolaire Langevin est devenu Langevin-Mandela.

Alertés par une stagiaire de la DRAC, les ayants-droits de l’artiste apprennent que l’oeuvre est menacée par des aménagements successifs du bâti. Le saccage imminent est heureusement stoppé.

La municipalité de Choisy-le-Roi et la DRAC ont contacté une équipe de restaurateurs. L’oeuvre sera restaurée et mise en valeur, tant pour son intérêt pédagogique qu’artistique..

En 2025,

Le monument dit « Le Barrage » à Saint-Denis enfin restauré !

Exposé aux intempéries et aux vibrations depuis des décennies, le monument menaçait de s’écrouler. Patiemment reconstitué par une équipe passionnée et efficace, il est désormais sauvé avec le soutien de la municipalité et de la RATP.

Pour marquer le vingtième anniversaire de la libération de Saint-Denis, la municipalité de Saint-Denis soutenue par nombre d’associations, dont l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC), et la RATP commandent à Jean Amblard  un monument en l’honneur des combattants et victimes du nazisme.

Sur le dépôt de bus de la RATP place du général Leclerc, au lieu dit « Le Barrage », Jean Amblard conçoit un monument de ciment gravé reproduisant le char Hotchkiss construit et conservé clandestinement par les ouvriers dans Saint-Denis occupé, avec lequel l’insurrection repoussa, en cet endroit-même, les troupes nazies chassées de Paris. Les soldats de la Nueve dirigés par Leclerc pouvaient ainsi poursuivre leur avancée après avoir libéré Paris.

En 1964-1965, réalisation du monument dit « Le Barrage ». Un reportage du photographe Gérald Bloncourt.